Position de BirdLife du 3 août 2026
Pour la transition énergétique, la Suisse a besoin d'un développement du réseau électrique – mais sans affaiblissement de l'État de droit et surtout sans mise en danger supplémentaire de la nature déjà gravement menacée aujourd'hui. Or, c'est précisément ce danger que les récentes décisions du Conseil national et du Conseil des États concernant le projet de réseau contiennent.
Au cours des dernières années, le Parlement a déjà accordé une priorité considérable au développement des énergies renouvelables. Maintenant, l'équilibre risque d'être complètement rompu. Chaque exception supplémentaire aux procédures de l'État de droit affaiblit les fondements sur lesquelles reposent l'acceptation de la transition énergétique et le bon fonctionnement de la Suisse.
L'attaque contre la protection des marais pèse particulièrement lourd. Les marais bénéficient d'une protection constitutionnelle parce que la Suisse a déjà détruit plus de 90 % de ses marais et que l'initiative de Rothenthurm a ensuite été acceptée par le peuple suisse avec une majorité claire. Les marais restants comptent parmi les milieux les plus précieux de notre pays. Ils stockent de grandes quantités de carbone, régulent le bilan hydrique et offrent des habitats à des espèces animales et végétales spécialisées et menacées. Introduire des exceptions ici, c'est franchir les lignes rouges que l'électorat a tracées consciemment et pour des raisons objectives.
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« Les marais restants comptent parmi les milieux les plus précieux de notre pays. »Raffael Ayé, Directeur de BirdLife Suisse |
Au-delà de l'affaiblissement de la protection des marais, le projet comporte d'autres inconvénients pour la nature. À l'avenir, les lignes de transmission et les pylônes pourront être construits ou renouvelés plus facilement sur les rives protégées et en bordure de forêts. La proposition entraînera en outre une augmentation des installations en dehors des zones à bâtir. Et au lieu de continuer à examiner où les lignes aériennes sont judicieuses et où elles devraient plutôt être enterrées, l'enfouissement sera pratiquement exclu. Ce qui est particulièrement absurde : il existe des situations où les câbles souterrains entraînent moins de pertes d'énergie que les lignes aériennes. En termes de sécurité d'approvisionnement, la priorité aveugle donnée aux lignes aériennes est donc potentiellement contre-productive.
Le projet est également contre-productif en matière de protection du climat. Les artisan·e·s de l'Accord de Paris sur le climat ont répété à plusieurs reprises que les objectifs climatiques ne peuvent être atteints que par la protection systématique des écosystèmes encore intacts et la restauration des écosystèmes dégradés. Et parmi les écosystèmes concernés, les marais sont de loin les plus importants pour la protection du climat en raison de leur stockage élevé de carbone.
Tout aussi grave : la proposition viserait à accorder une priorité fondamentale au développement du réseau électrique – même pour les réseaux de distribution. Qu'une ligne électrique desservant un petit quartier doive fondamentalement avoir la priorité sur les intérêts nationaux est une disproportion absurde. Une pesée attentive des intérêts est une préoccupation typiquement suisse.
Et ce n'est pas tout – l'État de droit est impacté par une nouvelle restriction du droit de recours des associations. Cela ne résout pas le vrai problème. Les organisations environnementales ont soutenu le développement du réseau de transport d'électricité au cours des dernières années. Elles collaborent de manière constructive à de nombreux projets. Le droit de recours des associations garantit simplement que, pour les projets problématiques ayant des impacts majeurs sur la nature, les tribunaux puissent vérifier indépendamment si les lois sont respectées. Réduire cet instrument ne produit pas un kilowattheure supplémentaire d'électricité, mais impacte gravement l'État de droit suisse.
La transition énergétique a besoin du soutien de la société et d'une bonne planification. Celui qui affaiblit plutôt la protection de la nature et de l'État de droit pratique une politique symbolique. Cela peut sembler déterminé, mais ne résout aucun des vrais problèmes.
La Suisse a besoin de réseaux électriques performants, mais aussi de la protection de nos milieux les plus précieux. Et la population doit avoir confiance dans une même application des lois pour toutes et tous.
Le Directeur Dr Raffael Ayé expose ici la position de BirdLife Suisse sur les questions politiques.





